Les compteurs d’énergie intelligents menacent la sphère privée

Les compteurs d’énergie intelligents menacent la sphère privée

 

Smart Meter – Grâce à ces nouvelles installations, un fournisseur d’électricité peut théoriquement savoir dans quelle pièce le consommateur se trouve et ce qu’il y fait. Le préposé fédéral à la protection des données s’en inquiète.

Pouvoir connaître à tout instant sa consommation d’énergie, mieux la maîtriser et réaliser de substantielles économies. Voilà, en un mot, la promesse des compteurs intelligents qui font peu à peu leur apparition en Suisse (lire notre édition du 6 février).


Mais cette avancée technologique pourrait aussi être synonyme de menace pour la vie privée. C’est du moins l’avis des spécialistes de la question: «C’est clair, il y a un risque, confirme Eliane Schmid, porte-parole du préposé fédéral à la protection des données et à la transparence. En théorie, ce type de système permet de dresser des profils détaillés des habitudes des consommateurs et cela peut être problématique.» En clair: le distributeur d’énergie peut savoir à quelle heure vous prenez votre douche, vous faites la vaisselle, vous vous couchez, si vous souffrez d’insomnies ou encore si vous êtes en vacances.

A l’avenir, Big Brother pourrait donc prendre la forme d’un vulgaire compteur d’électricité dans la buanderie. Pour éviter d’en arriver là, le Préposé fédéral à la protection des données prend les choses en main et s’apprête à publier une prise de position sur la question. «Les entreprises sont tenues d’utiliser le moins de détails possible, explique Eliane Schmid. A notre avis, une société qui gère le réseau électrique n’a pas besoin de connaître la consommation exacte de chaque appartement. Elle peut se contenter de celle d’un immeuble ou d’un quartier, c’est largement suffisant.» Les entités qui gèrent ces données sensibles sont par ailleurs responsables d’assurer la sécurité du système, notamment face au piratage.

Informer les clients

Dernier point: «Le consommateur doit être dûment informé avant la pose des compteurs, poursuit la porte-parole. Ils doivent être au clair sur quelles données seront transmises, à quelle fin elles seront utilisées et combien de temps elles seront conservées.»

Les autorités de protection des données de plusieurs autres pays ont déjà émis des recommandations similaires, notamment au sein de l’Union européenne, qui prévoit d’équiper 80% des ménages de compteurs intelligents d’ici à 2020. En France, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a publié le 2 décembre dernier un message rappelant les fournisseurs d’énergie à leurs devoirs de transparence vis-à-vis de leurs clients.

Alexandre Haederli – le 12 février 2011, 23h56
Le Matin Dimanche